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18/06/2010

S'ennuyer au chômage, une fatalité?

Hier soir, alors qu'il rentrait de sa journée de travail-collègues-machine à café bien chargée, mon cher et tendre, me trouvant bien morose après le récit de ma propre journée rien-fait-mal au crâne- pas en forme, a lâché une petite bombe : "tu commence un peu à t'ennuyer, non?"

Arg. M'ennuyer, moi qui me veux la chantre du chômage décomplexé et agréable, de la recherche d'emploi exigeante et bien vécue, du "funemployment"?

Certes, depuis quelques jours, le matin, après avoir ouvert les yeux une première fois au chant des pigeons parisiens, je me laisse retomber dans le sommeil "parce qu'après tout, j'ai rien de spécial à faire aujourd'hui". C'est vrai, je vais moins au cinéma qu'avant "parce que de toute façon y a que des daubes, et qu'en journée, tous mes potes bossent, alors ras-le-bol de sortir seul". Idem pour les expos et toutes ces formidâââble occasions de me cultiver que m'offre la capitale : pas envie d'y aller toute seule. Au fur et à mesure, mes contacts sociaux se limitent, en journée, aux copines en congé maternité et à la pause déjeuner des laborieux - sans oublier les petites pauses RTT et mercredis après-midi des amis profs.  Faut bien le reconnaître, j'ai envisagé, un instant de grande détresse, de me lancer dans une maquette de l'Eurocopter AS 350 (le premier d'entre vous qui répète ça, je le pends au beau milieu de mon agence Pôle Emploi).  Pas faux non plus, malgré ma hâte d'aller faire l'otarie (soleil sur les rochers-plouf dans la mer-soleil sur les rochers) sur les plages cet été, mon premier geste au lever reste de surveiller ma boîte email pour y guetter la convocation à un entretien d'embauche dont on me promet la date depuis dix jours.

Alors, quoi? Malgré toute ma bonne volonté, il serait impossible d'échapper à l'ennui quand on est chômiste? Un peu décalé du "vrai monde des vrais gens qui travaillent", un peu rongé par la culpabilité, de plus en plus persuadé qu'il ne "sert à rien", le chômeur peut se laisser facilement avoir par les sirènes de l'emmerdement mortel.

Mais je ne vais pas me laisser avoir, messieurs-dames. Dès la semaine prochaine, planning d'enfer, cinémathèque, entraînement "à la Manaudou" à la piscine du quartier, réalisation de maquette SI JE VEUX D'ABORD, le tout saupoudré de quelques envois de CV pour me maintenir dans la zone de bonne conscience. Pas de culpabilisation excessive égale pas d'ennui. C'est ça, la recette du chômage (pas trop mal)heureux.

15/06/2010

Je ne suis pas motivée. Et alors ?

Je ne suis pas motivée. Et j'aimerais qu'on le respecte.

C'est arrivé comme ça, hier matin. Mauvaise nuit, sales rêves, encore un lundi, encore de la pluie, toujours pas de travail. Rien de nouveau sous le soleil; les lundis matin des chercheurs d'emploi ne sont pas plus riants que ceux des laborieux. Non, la nouveauté, c'est que soudain, je n'ai pas eu envie. Pas envie d'être dynamique, pas envie de me bouger, pas envie de me lever tôt pour que le monde m'appartienne, pas envie de rebondir, d'aller de l'avant, ou je ne sais encore quelle autre métaphore. Et puis surtout, pas envie de me laisser culpabiliser pour autant.

J'aimerais, que dis-je j'ADORERAIS, qu'on me laisse passer une semaine à penser, réfléchir, faire le point peut-être même rêver à mon avenir, sans me rappeler à l'ordre tous les trois jours par un "et alors, côté boulot, t'as du nouveau?" (On en reparlera, tiens de cette question, mais pour commencer: arrêtez de la poser à vos amis chômistes! Croyez bien que, quand il y aura du nouveau, ce sera la première chose dont ils vous parleront).

Si on pouvait juste arrêter la course à la motivation deux minutes, y a des jours où ça m'arragerait bien. Parce que l'obligation de dynamisme permanent, de motivation à tout casser, de rebond dans tous les sens, sachez-le : c'est crevant, et c'est même pas humain, de toute façon. Vous croyez que quand Cromagnon partait chasser, on lui demandait de faire d'abord preuve de sa motivation et de ce qu'il saurait apporter au groupe avant de lui coller une lance dans les mains? Qu'on a souvent demandé aux paysans du Moyen-Age de citer trois de leurs qualités et trois de leurs défauts pour les autoriser à aller ramasser les topinambours dans les champs? Hein? Alors dites-moi pourquoi l'homo chômagus du XXIème siècle devrait, lui, faire preuve d'un enthousiasme débordant à l'idée d'aller décrocher son 154eme CDD ou son emploi aidé à temps partiel "en attendant la préretraite".

Qu'on soit obligé de travailler, passe encore. Mais obligés d'être motivés, là, il faut arrêter de pousser. Vive le droit à la démotivation et au coup de mou temporaire!

19/05/2010

Une vie en CDD, ça vous dit?

Sans doute victime du réchauffement climatique ou de l'approche imminente de 2012 et de la fin du monde, une denrée se fait de nos jours encore plus rare que la truffe du Périgord: le CDI. En revanche, son cousin bâtard, le CDD , se conjugue à toutes les sauces et se porte à toutes les saisons.

Pas une seule opportunité d'emploi qui me soit passée sous les yeux depuis un an comportant les trois lettres magiques : un C, un D, un I. Certains objecteront que je n'avais qu'à choisir un vrai métier. Certes, la presse, ce n'est pas du sérieux. Mais la CDD-ite aigüe semble se propager à vitesse fulgurante à d'autres secteurs, portée par le tube du moment "vous comprenez, avec la situation économique actuelle, on ne peut pas..." .

Puisque c'est ainsi, et qu'on ne peut rien y faire puisque "c'est la CRIIIISE", allons-y, CDDisons. Je me suis laissée aller à la douce rêverie  d'une vie en CDD, après tout, y a pas de raison.

  • A la maternité : "OOOh, c'est une fille, félicitations madame. Donc on dit, pour trois mois renouvelables, ca nous mène au mois de décembre, vous pourrez changer pour un garçon à ce moment-là si vous le souhaitez. Mais n'oubliez pas de respecter la période de carence entre les deux, sinon l'inspection du travail va nous tomber dessus".
  • A l'école maternelle: "Donc, Kevin, c'est bon, tu es inscrit pour 5 mois, le temps de remplacer Melody qui est malade. En revanche, quand elle reviendra, tu devras lui laisser à nouveau sa place et trouver une autre école. Tu comprends Kevin? Avec la situation économique actuelle, on peut pas se permettre d'acheter des feutres pour deux élèves alors qu'un seul produit autant de dessins"
  • Premiers flirts : "Ouais, alors tu vois, délire, comme Marion et Thomas y sortent ensemble jusqu'au 22 juin, moi je vise le 23 juin, passke tu vois je pense pas qu'elle va pas le renouveler, là elle est tenue, passke tu comprends elle a pas le droit de rompre en milieu de contrat, mais il s'est pas montré super dans ses prestations niveau savoir-faire ou savoir-être, alors que moi, avec mon expérience, j'ai bon espoir de serrer Marion pour trois semaines. Ben ouais, je sais, trois semaines c'est court, mais elle peut pas faire plus long, tu vois, avec la situation économique actuelle, elle peut pas se permettre..."
  • Rencontre sur Internet : "Homme, 28 ans, passionné de sport et de nature, cherche JF naturelle, bien dans ses baskets, pour relation de quatre mois et demi (période d'essai de quatre jours). Possibilité de rendre la relation pérenne si satisfaction au bout des quatre mois et demi. Pas de promesse, pas de mariage, pas d'enfant, avec la situation actuelle, je ne peux pas me permettre..."
  • Mariage : " Isabelle, acceptez-vous de prendre pour époux Jérôme ici présent, et de lui jurer fidélité et partage durant 18 mois renouvelables, période à l'issue de laquelle Jérôme décidera s'il vous prend en CDI ou si votre collaboration s'arrête la? "
  • Soucis de santé : "Le docteur va vous poser une valve qui permettra à votre coeur de mieux fonctionner. Pour le moment, on part sur une base d'un mois et demi, suite à quoi l'appareillage vous sera retiré et posé à une personne plus jeune. Ben oui, ça nous coûte moins cher. Avec la situation économique actuelle..."

Difficile d'aller plus loin car j'ai eu beau retourner le problème dans tous les sens, la mort, elle , reste en CDI (elle est très vieux jeu).

Terminons cette méditation par un hommage à Laurence Parisot, qui m'a beaucoup inspirée : "La vie, la santé, l'amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi?" Ben oui, tiens, pourquoi?

 
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