Avertir le modérateur

24/08/2011

La réunion collective obligatoire (Joies de Pôle Emploi, chapitre 1bis)

images?q=tbn:ANd9GcSC38O3UfBEHn3pgTK6jOXFQtnt1TE1EjD0fjxr2irPdzjpMqAsFwDébut du mois de juin. Fraîchement sortie de congé maternité, je viens de me ré-inscrire sans trop de diffilculté à Pôle Emploi. Mon CV est refait à neuf, mon bébé est bien gardé - dans le merveilleux cas où je trouverais très vite un job - et j'envoie mes premières candidatures, bref, ma recherche d'emploi reprend tranquillement.

Quand soudain, la voilà (coup de tonnerre et musique de film à suspense).

Une enveloppe tamponnée Pôle Emploi m'attend dans ma boîte aux lettres. Je suis convoquée après-demain (après-demain!!!) à une réunion "me concernant". Et devinez quoi, si je ne m'y rend pas sans motif valable, je risque la radiation (re-coup de tonnerre, re-musique de film dramatique). Je connais bien mon Pôle, je sens que cette réunion "me concernant" risque d'être totalement à côté de la plaque. Mais vu les arguments utilisés, devinez quoi, je vais m'y rendre.

Le surlendemain, 8h50.

Vision cauchemardesque. Petit matin blême et frais de début d'été (oh, hé, je suis Parisienne, je vous rappelle). Une petite foule aux yeux gonflés poireaute devant les locaux de Pôle Emploi. J'hallucine : il y a au moins une cinquantaine de personnes devant les rideaux baissés. Mais non, mais non, calme-toi ma grande, ils ne peuvent pas TOUS être convoqués à la même réunion que toi. C'est simplement un Pôle Emploi très fréquenté, voilà tout.

Ouverture des locaux, les chômistes s'engouffrent à l'intérieur. A croire qu'ils sont pressés d'y aller. Une conseillère Pôle Emploi se plante au milieu et beugle : "Les personnes CONVOQUEES A LA REUNION, METTEZ-VOUS SUR LA DROITE". Aaarg. Tout le monde se range sur la droite, convocation à la main. Exactement ce que je craignais: pour un meilleur "suivi personnalisé", nous sommes une soixantaine à être convoqués en même temps.

A la queue leu leu (tout le monde s'éclate...), nous montons vers la salle de réunion et nous installons dans les sièges plastique, vous savez, ces horribles sièges baquet marron pas confortables, ceux dans lesquels vos jambes ne touchent pas le sol si vous faites moins d'1.65m... on s'en fout? Ok, on s'en fout.

Je m'installe dans mon siège baquet, donc, et  mes pieds ne touchent pas le sol. Face à la foule des chomistes, un monsieur bien propre, costume-cravates-lunettes et Power Point allumé. Il porte un joli badge Ramstatt*, la célèbre agence d'interim et de placement qui étale ses pubs à la télévision. L'écran du rétro projecteur affiche l'intitulé de la réunion (et là, excusez moi de ne pas en retrouver les termes exacts tellement j'ai vu rouge en les lisant). " Pour le retour à l'emploi après un licenciement économique".

Grmblblbll. J'en étais sûre, je ne suis pas du tout concernée, vu que recherche un emploi à la suite d'une fin de CDD et d'un congé maternité. Je me dandine sur mon siège baquet marron et sitôt après l'appel (ce que j'aime, à Pôle Emploi, c'est ce souci permanent de ne rappeler aucune situation humiliante du milieu scolaire), je lève la main, à l'école comme à l'école.

"- Excusez-moi, mais il doit y avoir un souci, je ne pense pas être concernée par la réunion. Je ne suis pas licenciée économique.

Monsieur Propre, un peu géné, m'explique qu'il n'est pas de Pôle Emploi et que je dois m'adresser à la gentille dame qui vient de faire l'appel.

- Oui , mademoiselle, votre nom? Ah oui, en effet, il doit y avoir une erreur. (Et alors, et alors? Mais dis-moi que je peux partir. Laissez-moi tranquille!) Je le note. On verra ça à la fin de la réunion.

P****n. J'ai la bougeotte et l'impression désagréable d'être obligée d'assister au cours de physique quantique de mme Dugenou alors que je suis en première Littéraire. Je reste quand même. Trop peur de risquer la radiation.

En attendant, ma petite sortie a déclenché une vague de protestation. Les mains se lèvent : "Et moi? J'ai 57 ans, dans deux mois je suis en pré-retraite, ça ne me concerne pas! " "Moi j'arrive pas à trouver de travail parce que je porte le foulard, alors c'est pas ça qui va m'aider!" "Et moi alors, je viens de passer auto-entrepreneur et je crée mon activité, c'est là-dessus que je voudrais des renseignement".

Monsieur Bramstatt rosit à vue d'oeil et ça ne m'étonnerait pas qu'il commence à transpirer dans sa chemise viscose. Il sent visiblement sa belle réunion lui échapper. Je me demande (comme lui?) s'il va réussir à mater la rebellion des chômistes à la seule force de sa mèche bien soignée. "Mais si, mais si, j'ai de nombreux conseils qui peuvent tous vous intéresser, même si vous n'êtes pas tout à fait concerné par le plan présenté aujourd'hui. C'est la motivation qui compte !Attendez la fin de ma présentation".

On a sagement attendu. Les smartphones ont crépité, l'assemblée à pas mal bavardé, Monsieur Bramstatt m'a fait un peu pitié. A la fin de la réunion, une petite dizaine de demandeurs d'emploi sur la soixantaine présente sont allés s'inscrire à son plan d'accompagnement. Il avait l'air plutôt content.

23/12/2010

Maternité : je ne suis plus chômeuse, c'est la fête!

275145_372703194_20080323-nounours-cotillons-450_H070317_L.jpg275145_372703194_20080323-nounours-cotillons-450_H070317_L.jpg275145_372703194_20080323-nounours-cotillons-450_H070317_L.jpgCamarade chômistes, je vous adore mais c'est le coeur léger que je vous quitte. Chuis plus chômeuse! Je viens officiellement de quitter la case "recherche d'emploi" pour la plus enviée "congé maternité", ne passez pas par la case départ, ne touchez pas 20.000 francs.

Et ouaiiiis, chuis plus chômeuse. Et si rien dans mes journées n'a vraiment changé, dans ma tête, c'est la fête. Champagne! (ah ben non, t'as pas droit, tu sais bien, pour le bébé...) Cotillons, tous en boîte! (Nooon, arrête, tu sais bien aussi, faut te ménager maintenant, tu peux pas aller faire la folle sur le dancefloor, pour le bébé, ca risque d'être dangereux...) Huître et foie gras!! (Euuh, tu vas croire qu'on s'acharne, mais tu le sais, que ça tu ne peux pas non plus, tu te rends compte, les risques de listériose?)

Bon. Verveine et madeleines alors, on fête ça dignement :  je-ne-suis-plus-chômeuse!

Je vous vois venir: "Mais toi qui ne bossais pas, ça ne change rien, que tu sois au chômage ou en congé maternité".

Oh, que si, et ça change tout, même

Quand le médecin m'a tendu mon arrêt signé, j'ai senti s'envoler de mes ptites épaules de future maman la culpabilité du parasite-de-chômiste- qui-vit-aux-crochets-de-la-société. J'ai gagné mes galons de "femme utile"; dorénavant la France me chouchoute pour que je mette sereinement son futur au monde. C'est comme si on m'avait délivré un bon pour me reposer sans culpabiliser. Comme si on avait mis en pause l'atroce compte à rebours qui fait que chaque jour qui passe sans un entretien (et croyez-moi, quand on est en cloque, ils sont fort nombreux!) me rapproche de "la-fin-de-l'indemnisation". Brrrrr, j'ai même du mal à l'écrire, çui-là. C'est comme Voldemort pour Harry Potter:  les chômeurs ne veulent même pas en parler, par peur de précipiter son arrivée.

Enfin, je peux me consacrer à de vraies préoccupations, telles que le choix du mobile animé : couleurs pastel ou vives? Des oursons ou des clowns? Et pour la sortie de la maternité, nid d'ange ou combi pilote matelassée? Avouez que ça pète drôlement plus que les offres d'emploi pour des CDD "pouvant éventuellement déboucher sur un CDI" (mais bien sûr, et la marmotte elle met le chocolat dans le papier alu) rémunérées au Smic horaire, expérience de 5 ans minimum dans le domaine souhaitée.

Pendant 4 mois, Pôle Emploi me lâche la grappe. Pas de convocation surprise pour avant-hier, pas de lettre de trop-perçu suite à une erreur commise en 2002, et souhaitez-vous qu'on échelonne votre remboursement de 2658 euros ou préférez-vous payer en une fois? Fini!

Bye, le Pôle, je prends de la distance. Je sais qu'on se retrouvera de toute façon trop vite, mais en attendant, mon plus beau cadeau de Noël, c'est de ne plus avoir à penser à toi.

03/12/2010

De l'utilité du chômeur à la société, ou "Non, camarade chomiste tu ne sers pas à rien"

C'est la complainte du chômeur démotivé: "Je sers à rien!". Halte là, ami chercheur d'emploi, il est temps de te ressaisir: NON, tu n'es pas inutile. Répète après moi: le chômeur est utile à la société. La preuve par cinq.

  • Le chômeur permet de fluidifier les files d'attente. Et oui, camarade, pour occuper tes journées, tu n'hésites pas à te rendre en plein milieu d'après-midi à la Poste pour acheter trois timbres (" tiens, je vais les payer au guichet et pas au distributeur automatique, ça m'occupera 10 minutes de faire la queue") ou à rendre deux visites quotidiennes à l'épicier du coin pour discuter le bout de gras et accessoirement. La France des travailleurs te dit merci, car ça fait toujours ça de moins à poireauter à la caisse du supermarché pour l'honnête travailleur qui n'a pas eu d'autre choix que d'y passer à 18h30.
  • Le chômeur dope les audiences télé de milieu d'après-midi. Et contrairement à son ami le retraité, il ne s'endort pas devant le programme, lui. Ce qui lui donne l'incommensurable avantage culturel de connaître les dénouements de la totalité des épisodes de "Rex, chien flic". Si si, ça peut toujours servir dans un cocktail mondain.
  • Le chômeur fait les beaux jours des bibliothèques municipales... Dites voir, kicéki dispose à la fois du temps de lire, mais pas de l'argent pour investir dans Les Rougon Macquart en édition Pléïade, tout en ayant soif de culture pour compenser sa vilaine image de soi détériorée par l'absence de boulot, hmmm? (Ca suit, au fond de la classe? Réponse : le chômiste, pour vous servir).
  • ... et ceux des médias hexagonaux. On peut compter régulièrement sur le décompte mensuel du nombre de chômeurs, les décryptage alambiqués des chiffres publiés par l'Insee, les prévisions youkaïdi-youkaïda-un-peu-de-patience-et-le-chômage-disparaîtra des gouvernements successifs pour animer les pages de nos quotidiens et les ouvertures de JT de 20h. Chômeurs, que feraient les journalistes sans vous?
  • Le chômeur est un sujet de conversation inépuisable. Les inquiétudes pour la ptite "qu'a toujours pas de boulot malgré ces belles études que ses parents lui ont payé, et si c'est pas malheureux tiens, c'était quand même pas si dur dans l'temps", les bons conseils rivalisant d'inventivité : "et les candidatures spontanées, t'y as pensé aux candidatures spontanées?", les opinions de haute volée : "ben si on leur mettait un coup de pied au c**, y bosseraient, et tiens, remets-moi un ptit jaune steuplé". Indémodable. A exploiter avec autant de passion que "quel temps de chien non?"
  • Le chômeur est une oreille compatissante et disponible. Tu déprimes? Tu t'es engueulé(e) avec ton/ta collègue de bureau? Qui appeler à 14h28, alors que tu fulmines dans les toilettes de la Socadis, ton entreprise bien-aimée? Bingo: ton ami(e) chômiste. Ben oui, lui il te raccrochera pas au nez sous prétexte qu'il est en réunion, et en plus il se fait tellement ch**** qu'il sautera sur l'occasion d'entendre une autre voix que celle de "Rex, chien policier".

Pratique, non? Le chômeur, s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. Merci, ami chômiste. A ta galère, la France reconnaissante.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu