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03/12/2010

De l'utilité du chômeur à la société, ou "Non, camarade chomiste tu ne sers pas à rien"

C'est la complainte du chômeur démotivé: "Je sers à rien!". Halte là, ami chercheur d'emploi, il est temps de te ressaisir: NON, tu n'es pas inutile. Répète après moi: le chômeur est utile à la société. La preuve par cinq.

  • Le chômeur permet de fluidifier les files d'attente. Et oui, camarade, pour occuper tes journées, tu n'hésites pas à te rendre en plein milieu d'après-midi à la Poste pour acheter trois timbres (" tiens, je vais les payer au guichet et pas au distributeur automatique, ça m'occupera 10 minutes de faire la queue") ou à rendre deux visites quotidiennes à l'épicier du coin pour discuter le bout de gras et accessoirement. La France des travailleurs te dit merci, car ça fait toujours ça de moins à poireauter à la caisse du supermarché pour l'honnête travailleur qui n'a pas eu d'autre choix que d'y passer à 18h30.
  • Le chômeur dope les audiences télé de milieu d'après-midi. Et contrairement à son ami le retraité, il ne s'endort pas devant le programme, lui. Ce qui lui donne l'incommensurable avantage culturel de connaître les dénouements de la totalité des épisodes de "Rex, chien flic". Si si, ça peut toujours servir dans un cocktail mondain.
  • Le chômeur fait les beaux jours des bibliothèques municipales... Dites voir, kicéki dispose à la fois du temps de lire, mais pas de l'argent pour investir dans Les Rougon Macquart en édition Pléïade, tout en ayant soif de culture pour compenser sa vilaine image de soi détériorée par l'absence de boulot, hmmm? (Ca suit, au fond de la classe? Réponse : le chômiste, pour vous servir).
  • ... et ceux des médias hexagonaux. On peut compter régulièrement sur le décompte mensuel du nombre de chômeurs, les décryptage alambiqués des chiffres publiés par l'Insee, les prévisions youkaïdi-youkaïda-un-peu-de-patience-et-le-chômage-disparaîtra des gouvernements successifs pour animer les pages de nos quotidiens et les ouvertures de JT de 20h. Chômeurs, que feraient les journalistes sans vous?
  • Le chômeur est un sujet de conversation inépuisable. Les inquiétudes pour la ptite "qu'a toujours pas de boulot malgré ces belles études que ses parents lui ont payé, et si c'est pas malheureux tiens, c'était quand même pas si dur dans l'temps", les bons conseils rivalisant d'inventivité : "et les candidatures spontanées, t'y as pensé aux candidatures spontanées?", les opinions de haute volée : "ben si on leur mettait un coup de pied au c**, y bosseraient, et tiens, remets-moi un ptit jaune steuplé". Indémodable. A exploiter avec autant de passion que "quel temps de chien non?"
  • Le chômeur est une oreille compatissante et disponible. Tu déprimes? Tu t'es engueulé(e) avec ton/ta collègue de bureau? Qui appeler à 14h28, alors que tu fulmines dans les toilettes de la Socadis, ton entreprise bien-aimée? Bingo: ton ami(e) chômiste. Ben oui, lui il te raccrochera pas au nez sous prétexte qu'il est en réunion, et en plus il se fait tellement ch**** qu'il sautera sur l'occasion d'entendre une autre voix que celle de "Rex, chien policier".

Pratique, non? Le chômeur, s'il n'existait pas, il faudrait l'inventer. Merci, ami chômiste. A ta galère, la France reconnaissante.

09/08/2010

Non, le chômage, c'est pas "comme des vacances"

"Et alors, cet été, vous partez? Remarque, c'est surtout pour ton copain que je demande ça, parce quetoi, vu que tu ne travaille pas, c'est un peu comme des vacances". chien-transat.jpg

Ah, la petite phrase perfide au détour d'une banale conversation téléphonique avec la cousine Huguette et ses 38 ans de CDI au compteur. Celle qui vient remuer un petit couteau entre vos omoplates de chômeur, là, vous sentez ce petit pincement alors même que vous étiez en pleine cure de "j'arrête de culpabiliser"?

Et bien, messieurs dames, au nom des quatre millions de demandeurs d'emploi hexagonaux, je vais vous apprendre une nouvelle fracassante, car il est temps que quelqu'un brise le tabou: NON, le chômage, c'est pas "un peu comme des vacances". C'est même "tellement pas comme des vacances" qu'à part l'absence potentielle de réveil-matin obligatoire et la prise quotidienne de transports en commun transpirants, je vois peu de points qui font rêver. Vous en entendez souvent, vous, des travailleurs soupirer rêveusement "Aaaah, vivemement que je sois au chômage" ? Non. Ca, déja, ça nous met sur la piste.

Les vacances, chère Huguette -et ça vaut pour tous les autres bienveillants harceleurs de chômistes- c'est un projet agréable, qui se prépare des semaines, voire des mois à l'avance. Tu rêvasses devant ton ordinateur en réservant ton apparte au village naturiste, ta semaine en club all inclusive à Punta Cana, ou ton trek de 20 jours sur les contreforts de l'Himalaya... Ben tu vois, Huguette, le chômage, c'est le contraire de tout ça. T'as pas de projet. Et mieux que ça : tu ne peux pas en faire, mis à part "espérer trouver un boulot". Et t'en fais pas, d'une parce que tu ne roules pas sur l'or, de deux parce que, conséquemment ta culpabilité de méchant chômeur-qui-vit-aux-crochets-de-la-société t'empêche de faire des rêves foufous, et de trois parce que "je vais pas réserver, imagine qu'entre-temps je trouve un boulot, on ne sait jamais?"

Les vacances, c'est le bonheur quotidien de se réveiller sans le foutu réveil-matin qui te me la tête en vrac , avec comme première pensée : "Coooool... aujourd'hui... je fais... ce.. que... je ... veux!" En tant que chômiste, je rend un vibrant hommage -quand même- à l'absence de réveil, sauf pour ceux qui ont la "chance" de devoir se lever pour préparer les enfants pour l'école (si si, l'ecole, vous savez, l'endroit où on les envoie en disant "et ramène des bonnes notes, hein, sinon plus tard t'auras pas de travail. Quoi, "comme Maman?" Euh, c'est compliqué, ça, tu comprendras quand tu seras grand). J'aime l'absence de réveil, donc, et je l'assume. Mais la première pensée du chômiste qui ouvre les yeux, c'est plutôt "Pfffff... Qu'est-ce que... je vais ... faire... aujourd'hui... ?"

Et puis, surtout, Huguette, le grand plaisir des vacances, avouez-le, même si vous en rentrez tous en râlant, c'est de les raconter aux collègues envieux autour d'un "Long sans sucre avec du lait". "Ouais, génial, non, vraiment, ça te remet les idées en place, toute cette nature, ça te fout une claque tu vois. J'ai carrément coupé avec le quotidien. Et je t'ai dit qu'on avait régulièrement survolé le Pôle? ". Et toi, ami chômeur-dont-la-vie-est-un-peu-comme-des-vacances, kess' tu nous racontes? "Ben euh... rien de bien nouveau, là, j'attends les retours de deux-trois candidatures, pas de nouvelles pour le moment. Mais je baisse pas les bras, hein, régulièrement je passe survoler les annonces au Pôle... Emploi."

 

13/07/2010

Mais si, il y a des avantages à être au chômage

Baisse de l'estime de soi, découragement, sentiment d'inutilité totale... Y'a des jours où être chômeur, ce n'est pas la vie en rose (et ces jours sont les plus nombreux). Je dis stop. C'est l'été, sus à la morosité, on positive, on se remet sur pied! Il y a bel et bien des avantages au chômage (si si si!).

  • T'as pas de boulot mais t'as bonne mine. Surtout en été, qui selon les experts du GIEEC (Groupement interprofessionnel d'études sur les effets du chômage) est LA saison à choisir pour ne pas avoir d'emploi. Pardon, pour en chercher un. Une preuve? Récemment, j'étais invitée à déjeuner avec d'anciens collègues (oui, ceux d'"avant" le chômage, souvenez-vous). Et bien, il n'y avait pas photo entre mon bronzage "Pôle emploi" mode abricot doré, façon "ce matin j'envoie trois candidatures et cet après-midi je vais bronzer" et leur inimitable carnation "Néon à volonté". Ah j'oubliais, moi j'avais pas de poche sous les yeux, non plus.
  • T'as pas de boulot mais ton corps est affuté. Oublié, le fessier façon Flanby à force de passer huit heures consécutives écrasé contre un siège de bureau. Fini, le début de bouée ventrale gonflé à la puissance des frites et des Paris-Brest du resto d'entreprise. Au chômage : on décrasse! C'est bien simple, t'as plus d'argent pour payer les transports. Alors tu marches ou tu pédales. Et comme tu as également bieeeen le temps de te contempler dans la glace le matin, tu deviens exigeant avec ton corps (n'oublions pas que pour ne pas péter les plombs, tu as grand besoin de te défouler). Alors tu pars courir, ou tu découvres avec joie que la piscine du quartier offre un accès gratuit pour les chômistes. Pauvre mais mince, quoi de mieux hein? Merci qui? Merciii la crise!
  • T'as pas de boulot mais tu deviens un confident très recherché. Kesske je vous disais un peu plus haut? ON A LE TEMPS. (Oui, celui après qui on pleure dès qu'on a retrouvé un boulot, notez l'ironie de la chose). Le temps, cela signifie aussi que l'on devient extrêmement disponible pour son entourage. Pas compliqué: à la question "t'es dispo cet après-midi/ ce midi/ a 18h/ dans deux semaines?" le chômiste répond toujours oui (à moins d'une convocation chez Pôle Emploi, mais vu qu'ils sont débordés, on est plutôt tranquille). Résultat, au chômage, on t'adore. tu redeviens le super pote que tu étais avant de bosser 45 heures par semaine, ou la bonne copine toujours à l'écoute, vu qu'elle n'est pas speedée entre trois rendez-vous professionnels et deux présentations à préparer avant le bilan annuel.
  • Tas pas de boulot mais t'es une bête de sexe. Relire les trois premiers points de cette démontration : bonne mine, corps affuté, et du temps. Alors, jaloux les travailleurs?
  • T'as pas de boulot mais t'es cultivé. Les rayonnages de la bibliothèque municipale n'ont plus aucun secret pour toi. Tu vas tous les jours y lire la presse quotidienne, avant d'attaquer une centaine de nouvelles pages de l'Encyclopaedia Universalis. Tu as tellement peur de t'ennuyer que tu t'es procuré la méthode "Je parle le biélorusse sans peine", ben oui, les langues rares, c'est un atout de nos jours... Résultat, tu éclates tes amis au Trivial Pursuit et tu songes très sérieusement à t'inscrire à Qui veut gagner des millions, histoire de dévaliser Jean-Pierre de ses euros, et de faire la nique au Pôle qui te verse trois francs six sous chaque mois. Tu deviens un puits de science. Merci qui? Merciii la criiiise!
 
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